Incontinence urinaire : un défi, des solutions

Il vous arrive de subir des pertes urinaires lorsque vous toussez ou éternuez ? D’avoir fréquemment besoin d’uriner ? Ou encore de ressentir des envies pressantes qui vous obligent à courir jusqu’à la toilette ? Cela indique que vous souffrez d’incontinence urinaire et les causes possibles sont multiples. Regard sur cette situation qui n’a rien de banal, mais sur laquelle il est possible d’agir.

À jour le 25 mars 2025

Femme ainée dans une salle de bain

Les principaux types d’incontinence urinaire

Selon Valérie Elliott, physiothérapeute en rééducation pelvienne et périnéale, aussi enseignante en technique de physiothérapie au Collège Montmorency, après l’âge de 60 ans, 55% des femmes et 24% des hommes souffrent d’une forme ou l’autre d’incontinence urinaire.

L’incontinence à l’effort

Elle peut survenir lorsque l’on tousse ou que l’on éternue ainsi qu’à la suite d’un effort physique – lorsque l’on soulève une charge, par exemple. Elle se manifeste chez la femme de tout âge ainsi que chez l’homme âgé. Chez la jeune femme, elle survient généralement à la suite d’un accouchement alors que, chez la femme âgée, la ménopause, qui diminue notamment la production d’œstrogènes, est le plus souvent en cause. Chez l’homme, elle apparaît le plus souvent à la suite d’une chirurgie de la prostate, comme la prostatectomie. «L’incontinence à l’effort fait souvent son apparition lorsque les muscles de l’urètre et du plancher pelvien ne sont plus assez forts pour retenir l’urine», explique Valérie Elliott.

L’incontinence d’urgence

Elle est caractérisée par un besoin urgent d’uriner, besoin qu’il est impossible de retenir. C’est surtout la femme âgée qui en souffre. Lorsqu’elle ressent ce besoin, elle se presse pour se rendre à la toilette, car, si elle n’y arrive pas à temps, c’est tout le contenu de sa vessie qui risque de s’échapper. «Ici, le problème est causé par une vessie irritée ou hyperactive», dit Valérie Elliott. On parle aussi de vessie nerveuse. Dans ce cas, les signaux entre la vessie et le cerveau circulent mal. Notons que ce type d’incontinence est aussi présent chez l’homme.

L’incontinence par regorgement

Elle survient lorsqu’un obstacle empêche l’écoulement normal de l’urine hors de la vessie, ce qui occasionne un trop-plein. À la longue, l’urine finit par s’écouler goutte à goutte hors de la vessie. C’est surtout l’homme âgé qui souffre de ce type d’incontinence, qui peut être occasionné par l’hypertrophie bénigne de la prostate avec laquelle vivent 85% des hommes de 60 à 80 ans, selon Mme Elliot. Un rétrécissement ou une malformation de l’urètre peut également en être en cause.

L’incontinence fonctionnelle

Peut-être avez-vous déjà entendu parler de l’incontinence fonctionnelle. C’est le terme que l’on utilise lorsque l’incontinence est causée par des limitations sur le plan de la mobilité ou encore par des difficultés cognitives, comme dans le cas de la maladie d’Alzheimer. Dans le premier cas, la personne concernée pourrait avoir de la difficulté à marcher ou à défaire le bouton de son pantalon. Dans le second, elle pourrait ne pas réaliser qu’elle a besoin d’uriner ou ne pas parvenir à trouver la toilette.

La personne dont le problème est d’ordre moteur aura intérêt à s’exercer pour se lever plus facilement ou pour améliorer son équilibre ou encore à porter des vêtements faciles à détacher. Elle pourrait également s’aider en limitant les obstacles qui se trouvent sur son chemin vers la salle de bain et/ou y faire installer, au besoin, des équipements adaptés, comme des barres d’appui à la toilette par exemple. Un ergothérapeute pourra la conseiller à ce sujet. Enfin, pour la personne qui éprouve des difficultés cognitives, certaines stratégies sont à privilégier. On peut, par exemple, établir un horaire régulier pour aller à la toilette ou installer un pictogramme sur la porte de la salle de bain pour aider la personne à se repérer.

Personne ainée à la salle de bain

Incontinence urinaire: ce qui est normal et ce qui ne l’est pas

On pourrait croire que souffrir d’incontinence urinaire fait partie du processus normal de vieillissement. Mais ce n’est pas le cas. En revanche, «à mesure que l’on prend de l’âge, il est normal que les tissus musculaires se modifient, dit Valérie Elliott. Les contractions deviennent alors moins puissantes et moins rapides.» Autrement dit, le vieillissement n’est pas la cause de l’incontinence, mais il entraîne certains changements qui prédisposent à cette condition.

Le vieillissement peut aussi avoir un effet sur la capacité de la vessie à retenir l’urine, et par ricochet, sur la fréquence à laquelle il est nécessaire d’uriner. «Chez la personne âgée, avoir besoin d’uriner toutes les 2h à 2h30 est normal, précise Mme Elliott. Mais devoir le faire plus souvent est généralement le signe qu’il y a un problème.» Évidemment, cet intervalle est plus court lorsque l’on vient de boire une grande quantité de liquide.

Notons que la personne qui souffre de certains problèmes de santé, comme la sclérose en plaque et la maladie de Parkinson, est plus susceptible que les autres de souffrir d’incontinence urinaire. Il en va de même chez celle qui prend certains médicaments, comme des somnifères, des antidépresseurs ou encore des médicaments pour l’hypertension ou pour le cœur.

Les impacts de l’incontinence urinaire

L’incontinence urinaire engendre d’importantes conséquences sur la vie de la personne qui en souffre. «Les femmes commencent par mettre au rancart les jupes et vêtements de couleurs pâles, de peur d’être embarrassées par une fuite, explique Valérie Elliott. Puis, elles en viennent à diminuer leurs sorties. Certaines finissent même par s’isoler.»

Avec le temps, cela peut affecter tant l’estime de soi que la qualité de vie. «Une étude a même démontré que l’incontinence urinaire avait plus d’impact sur la qualité de vie que d’autres conditions provoquées par des maladies graves, tel le diabète», souligne Valérie Elliott. Dans certains cas, l’incontinence urinaire peut aussi mener à la dépression.

Des affections physiques risquent également d’en découler. «Plusieurs des femmes qui souffrent d’incontinence urinaire mettent des serviettes protectrices chaque jour, dit Mme Elliott. Avec le temps, la peau du périnée devient irritée. Il est alors possible que ces femmes développent des ulcères ou certains problèmes cutanés.»

La personne incontinente risque aussi de chuter lorsqu’elle se presse pour se rendre à la toilette. «Avoir envie d’uriner et marcher en même temps est considéré comme une double tâche, explique Valérie Elliott. Or, chez les personnes aînées, la double tâche accentue le risque de chute. Et la situation est encore pire la nuit, lorsqu’il fait sombre et qu’on est un peu endormi.»

Notons également que, selon Statistique Canada, l’incontinence représente un facteur de risque pouvant se traduire par «une perte d’indépendance ainsi que l’hospitalisation ou l’admission dans un établissement de soins de longue durée».

Particularité par tranches d’âges

L’incontinence peut être présente à tout âge, mais le risque augmente en vieillissant.

Ce qu’il faut faire pour prévenir l’incontinence urinaire ou empêcher qu’elle s’aggrave

Heureusement, l’incontinence urinaire peut souvent être prévenue. Il est aussi possible d’arrêter ou de limiter sa progression. Voici les comportements à adopter en ce sens.

  • Maintenir un poids santé. Cela permet d’éviter ou de diminuer l’obésité abdominale, qui a pour effet d’augmenter la pression s’exerçant sur les muscles du plancher pelvien.

  • Boire suffisamment d’eau. Cela peut paraître surprenant, mais même la personne souffrant d’incontinence urinaire devrait boire de 1 à 1,5 litre d’eau par jour. Chez celle qui ne le fait pas, l’urine devient très concentrée, ce qui est irritant pour la vessie et peut favoriser les envies pressantes. Notez que, pour ne pas surcharger sa vessie, il vaut mieux boire de petites quantités d’eau à la fois.

  • Cesser de fumer. Cette vilaine habitude peut causer une toux chronique, ce qui augmente la pression intra-abdominale, provoque une surcharge sur le plancher pelvien et risque de causer de l’incontinence urinaire à l’effort.

  • Éviter de consommer des boissons ou aliments irritants pour la vessie. Les produits contenant de la caféine (comme le café, le thé et le chocolat), les boissons gazeuses, les agrumes (et les jus d’agrumes), l’alcool, les mets épicés et les édulcorants sont à éviter. Éliminer de votre vie tous ces petits plaisirs vous semble difficile ? Essayez au moins d’en diminuer la consommation.

  • Manger des fibres. Cela permet d’éviter la constipation, ce qui risque d’exercer une pression sur la vessie. Attention cependant: lorsque l’on consomme des fibres, il faut boire régulièrement de l’eau, sinon cela pourra nuire plutôt qu’aider.

  • Éviter d’uriner «par précaution» ou lorsque cela n’est pas nécessaire. «Les personnes qui agissent ainsi vident leur vessie alors qu’elle n’est pas pleine», avertit Mme Elliott. À la longue, cela affecte l’élasticité de la vessie, qui peut contenir de moins en moins d’urine, ce qui peut même contribuer aux dérèglements des messages entre la vessie et le cerveau.

  • Éviter de pousser pour vider sa vessie. Cela affaiblit les muscles qui aident la vessie à retenir l’urine. Vous êtes incapable de vider votre vessie autrement ? Selon Valérie Elliott, cela peut se produire si votre vessie est un peu descendue, car la poche d’urine est alors plus basse que la jonction entre l’urètre et la vessie. Pour faire sortir l’urine qui reste, Mme Elliott suggère de «faire la cloche», soit d’incliner le tronc de l’avant vers l’arrière, puis de droite à gauche, afin de faire basculer la vessie.

  • Éviter de forcer en allant à la selle. Cela peut avoir pour effet d’affaiblir le muscle de votre plancher pelvien. Pour faciliter la défécation, Mme Elliott suggère plutôt de soulever ses pieds en les plaçant sur un petit banc conçu à cet effet. Cette position, qui s’approche de celle dans laquelle on se trouve lorsque l’on est accroupi, facilite l’expulsion des selles. Autre suggestion: se faire un massage abdominal de type «I Love You».

Banc de toilette

  • Porter des bas de contention si cela s’avère indiqué. Vous avez les jambes enflées ? Vérifiez auprès de votre médecin si des bas de contention seraient utiles pour vous. Sans de tels bas, le liquide qui s’accumule dans les jambes le jour peut se rendre dans la vessie durant le sommeil, ce qui oblige à uriner plus souvent durant la nuit. Notez que lever les jambes au cours de la journée peut aussi être utile pour empêcher cette accumulation de liquide.

Ce qu’il faut faire pour améliorer son état

Que vous souffriez d’incontinence à l’effort, d’incontinence d’urgence ou d’incontinence mixte, les muscles de votre plancher pelvien y sont pour quelque chose. Car ces muscles, qui s’étendent à la manière d’un hamac entre votre pubis et votre coccyx, servent notamment à soutenir la vessie et à garder l’urètre bien fermé. Avec l’âge ou à cause de certains événements de la vie – accouchement, soulèvement de charges, etc. – ces muscles se sont relâchés. Pour parvenir à atténuer les soucis reliés à l’incontinence, il faut donc leur redonner leur vigueur d’antan (ou une partie de celle-ci).

Pour atteindre cet objectif, il est recommandé de pratiquer des exercices spécifiques visant à rééduquer les muscles du plancher pelvien. Sur internet, vous en trouverez différentes versions, dont celles que propose le Centre hospitalier de l’Université de Montréal aux femmes et aux hommes. Il faut cependant demeurer prudent. Avant de débuter ces exercices, il faut vous assurer que votre condition physique vous le permet. Par exemple, si vous souffrez d’une infection urinaire ou encore si, récemment, vous avez subi une opération ou reçu de la radiothérapie dans la région du bassin, il est possible que vous deviez attendre un peu. Informez-vous auprès de votre équipe de soins pour savoir si ces protocoles d’exercice conviennent à votre situation.

Quand et qui consulter ?

Même si cela vous paraît gênant, du moment où vous souffrez d’incontinence urinaire, il faut en parler avec votre médecin et votre pharmacien. Le premier pourra vous dire si votre incontinence est reliée à vos autres problèmes de santé, et le second, si votre médication est en cause. Notez que l’infirmière est également habilitée à dépister les troubles d’incontinence urinaire. Elle pourra vous proposer une prise en charge adaptée et, le cas échéant, faire appel aux professionnels capables de vous aider.

Vous désirez entreprendre un programme d’exercices personnalisé ? Valérie Elliott suggère de consulter d’abord un physiothérapeute détenant une expertise en rééducation périnéale et pelvienne. Pour trouver un tel professionnel à proximité de chez vous, rendez-vous sur le site de l’Ordre professionnel de la physiothérapie du Québec puis, dans le répertoire, faites une recherche avancée.

Selon Mme Elliott, consulter un tel professionnel est important, ne serait-ce qu’au début. «Lorsqu’ils ne sont pas guidés, 25 à 30% des gens poussent au lieu de contracter, insiste-t-elle, ce qui a pour effet d’empirer leur condition». En outre, plusieurs se découragent et abandonnent en cours de route, car le programme dans lequel ils se sont engagés dépasse leurs capacités.

Une technique pour rééduquer sa vessie

Les exercices pour renforcer le plancher pelvien viendront à bout de l’incontinence à l’effort ou, du moins, en diminueront les inconvénients. Ce faisant, ils amélioreront la situation des personnes qui souffrent d’incontinence d’urgence. Mais pour vraiment se débarrasser de cette condition, il faut aussi rééduquer sa vessie. Pour en savoir davantage au sujet de cette autre technique, lisez l’article intitulé Rééduquer sa vessie, est-ce possible ? publié sur cette plateforme.

À retenir

  • Il existe différents types d’incontinence urinaire.

  • Celle-ci peut avoir un impact considérable tant sur le plan physique que psychologique.

  • Lorsqu’on souffre d’incontinence urinaire, il est important d’en parler à son médecin, à son pharmacien ou à une infirmière, car une maladie ou un médicament peut être à l’origine de ce problème ou y contribuer.

  • Dans la plupart des cas, l’incontinence urinaire s’installe graduellement et, si on ne fait rien pour la contrer, elle risque de s’amplifier. Il est donc important d’agir dès que des fuites urinaires apparaissent.

  • En adoptant certains comportements, il est possible de prévenir l’incontinence urinaire, d’en limiter les conséquences et, parfois, de la renverser.

  • En effectuant certains exercices, il est possible d’améliorer son contrôle urinaire

  • Pour s’assurer de bien effectuer ces exercices, il est important de consulter un physiothérapeute en rééducation périnéale et pelvienne, du moins au début.

À l’intention des proches aidants

  • Vous avez l’impression que votre proche va souvent à la toilette ? Abordez la question avec lui. Est-ce que cette situation l’inquiète ? Souhaite-t-il consulter ? Dans ce cas, aidez-le dans ses démarches.

  • Vous remarquez plutôt qu’il n’ose plus sortir durant de longues périodes ? Essayez de savoir pourquoi.

  • Vous découvrez qu’il souffre d’incontinence urinaire ?

    • Dites-lui que ce problème touche un nombre considérable de personnes âgées et invitez-le à en parler avec son médecin, à son pharmacien ou encore à une infirmière afin d’en évaluer les causes possibles.

    • Informez-vous de tous les impacts que cela peut avoir sur sa vie et essayez de l’aider à surmonter ces défis.

    • Rassurez-le en lui disant qu’il existe des solutions.

    • Parcourez avec votre proche la liste des conseils prodigués ci-haut afin de savoir lesquels peuvent lui être utiles.

    • Encouragez-le à consulter un physiothérapeute. Il pourra voir avec lui si un programme d’exercices pour entraîner les muscles de son plancher pelvien lui permettrait d’améliorer son état.

Votre proche souffre d’incontinence d’urgence. Lisez avec lui l’article intitulé La rééducation de la vessie, est-ce possible ? publié également sur cette plateforme.

Rédaction: Maryse Guénette

Révision interne: Équipe de rédaction de la Fondation AGEs

Révision scientifique: Valérie Elliott, physiothérapeute en rééducation pelvienne et périnéale, et enseignante en technique de physiothérapie au Collège Montmorency

Révision linguistique: François Grenier

Références

BENHABEROU-BRUN, Dalila. L’incontinence urinaire chez la femme : à ne pas banaliser. Perspective infirmière. Septembre 2016;13(4):46–52. https://www.researchgate.net/publication/324598842_L%27incontinence_urinaire_chez_la_femme_a_ne_pas_banaliser

CHU DE QUÉBEC – UNIVERSITÉ LAVAL. L’incontinence urinaire d’effort post-prostatectomie radicale. Février 2020. https://www.chudequebec.ca

GOUVERNEMENT DU QUÉBEC. Incontinence urinaire – Approche adaptée à la personne âgée en milieu hospitalier. Avril 2012. https://publications.msss.gouv.qc.ca/msss/document-000616

IGNITE HEALTHWISE, LLC STAFF. Incontinence urinaire. Avril 2024. https://myhealth.alberta.ca/Health/pages/conditions.aspx?hwid=uh1227

ORDRE DES ERGOTHÉRAPEUTES DU QUÉBEC. Sécurité à domicile pour tous. Montréal : OEQ; 2021. https://www.oeq.org

SANTÉ CANADA. Votre santé et vous : Les aînés et le vieillissement – Incontinence. Décembre 2006. https://www.canada.ca/fr/sante-canada/services/votre-sante-vous/aines-vieillissement/incontinence.html

STATISTIQUE CANADA. Incontinence urinaire chez les aînés vivant dans un ménage privé : un problème de santé courant. Novembre 2015. https://www150.statcan.gc.ca/n1/pub/82-003-x/2013010/article/11872-fra.htm